La Lettre LittéraireTrois matins par semaine
Découverte · parue le dimanche 20 septembre 2026

Le Mariage de Figaro

Beaumarchais · 1784

Genrecomédie
Langue d’originefrançais
Année1784

Le matin des noces, Figaro mesure le plancher de la chambre que Monseigneur leur cède, Suzanne ajuste sur sa tête son petit chapeau de fleurs d'orange, et tout semble aller pour le mieux dans le château d'Aguas-Frescas — jusqu'à ce que Suzanne, entre deux révérences moqueuses, lâche le mot qui fait tout basculer : le comte Almaviva, las de courtiser les beautés des environs, a jeté ses vues sur elle, et cette dot si généreuse, ce logement si commode entre les deux appartements, ce poste de courrier à Londres, tout cela n'est que le prix dont il entend payer un certain quart d'heure, seul à seule, qu'un ancien droit du seigneur — aboli par lui-même le jour de ses propres noces — lui permettrait de racheter en secret.

Figaro se frotte la tête, son front se fertilise, et le voilà lancé dans la plus folle journée de sa vie. Il faut avancer l'heure de la fête pour épouser plus sûrement, empocher l'or et les présents, écarter Marceline qui le poursuit d'un vieux billet de mariage, donner le change au comte, étriller Basile le maître à chanter qui sert d'entremetteur — et tout cela avant le soir. Mais le château grouille d'obstacles. Marceline, flanquée du docteur Bartholo encore rancunier de s'être fait souffler Rosine, vient réclamer justice : Figaro lui doit deux mille piastres, et s'il ne paye pas, il l'épousera. Le comte, trop heureux de cette arme, convoque un tribunal.

Pendant ce temps, Chérubin, page de treize ans dont le cœur palpite au seul aspect d'une femme — n'importe laquelle, la comtesse, Suzanne, Fanchette, Marceline même —, vient se jeter dans les jupes de tout le monde. Surpris chez la fille du jardinier, chassé par le comte, gracié par la comtesse sa marraine, nommé officier en Catalogne pour l'éloigner, il ne part pas : Figaro l'a fait revenir par les derrières et projette de le déguiser en Suzanne pour piéger le comte au rendez-vous du soir. On le coiffe, on l'habille dans la chambre de la comtesse, il chante sa romance mélancolique devant sa marraine émue — et c'est alors que le comte frappe à la porte.

Ce qui suit est un tourbillon de portes fermées, de cabinets suspects et de fenêtres ouvertes sur les melonnières. Le comte exige d'entrer, la comtesse pâlit, Chérubin saute par la fenêtre dans un fracas de giroflées écrasées, Suzanne prend sa place dans le cabinet et en sort en riant quand le comte, pince à la main, s'apprête à enfoncer la porte. Le voilà confondu, suppliant, obtenant un pardon qu'il ne mérite guère — mais l'arrivée d'Antonio le jardinier, à demi gris, brandissant un pot de fleurs saccagé et jurant qu'il a vu tomber un homme, relance la machine. Figaro s'accuse du saut, invente une foulure, esquive de justesse quand Antonio sort de sa poche un brimborion de papier tombé de la veste du sauteur : le brevet d'officier de Chérubin, sans le cachet du comte. Suzanne souffle, la comtesse souffle, Figaro improvise — et Marceline arrive avec son procès.

L'audience est une merveille de chicane. Le juge Brid'oison bégaie sur la forme, Double-Main le greffier mange à deux râteliers, Bartholo plaide la conjonction copulative et, Figaro la conjonction alternative ou, et tout le monde s'écharpe sur un pâté d'encre. Le comte rend un arrêt qui condamne Figaro à payer ou à épouser Marceline — et c'est alors que Marceline, apercevant une spatule tatouée sur le bras droit de Figaro, pousse un cri : c'est Emmanuel, c'est son fils, enlevé jadis par des Bohémiens. Bartholo est le père. Figaro tombe dans les bras de sa mère, Suzanne accourt avec la dot de la comtesse, gifle Figaro qu'elle croit infidèle, comprend, embrasse tout le monde, et Bartholo, cajolé par ses deux enfants, finit par consentir à épouser Marceline.

Mais le comte n'a pas désarmé. Suzanne, sur l'ordre de la comtesse, lui donne rendez-vous au jardin pour le soir même, sous les marronniers — sauf que c'est la comtesse elle-même qui ira, vêtue des habits de sa camériste, sans en dire un mot à Figaro. Le mariage a lieu, la toque virginale est posée, les chansons sont chantées, et la nuit tombe sur le parc. Figaro, averti par un billet mal compris, croit Suzanne infidèle et vient rugir sous les marronniers son fameux monologue — cette longue coulée de colère et de mémoire où il revoit toute sa vie de picaro, ses métiers perdus, ses pièces sifflées, ses prisons, et lance au comte absent cette question qui brûle : qu'a-t-il fait pour tant de biens, sinon se donner la peine de naître ?

Sous les grands arbres, dans l'obscurité où personne ne reconnaît personne, les quiproquos s'empilent comme des couches de comédie. Le comte courtise sa propre femme en croyant séduire Suzanne, Figaro reconnaît sa fiancée à un soufflet bien placé, Chérubin embrasse le comte en croyant embrasser Fanchette, et le comte, furieux de voir son concierge faire la cour à celle qu'il prend pour la comtesse, appelle toute la maison. Les flambeaux arrivent, les masques tombent, et la comtesse se découvre. Le comte, à genoux, implore un pardon qu'elle accorde sans illusion — parce que c'est toujours ainsi que cela finit, parce qu'il faut bien, avec eux, en venir là. Les violons reprennent, les couplets fusent, et la folle journée s'achève comme elle avait commencé, dans un tourbillon de musique et de rires où chacun retrouve sa place — sauf que plus rien, désormais, n'est tout à fait à la même place qu'avant.

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