Macbeth
Une autre tragédie shakespearienne qui prolonge Hamlet par son interrogation vertigineuse sur l’ambition, le meurtre et la culpabilité, avec une même tension entre destin, pressentiments et dérèglement de l’esprit.
William Shakespeare · 1601
Nuit glaciale sur les remparts d'Elseneur. Depuis deux nuits, les gardes voient rôder une forme en armure ; quand Hamlet vient veiller à son tour, le spectre lui parle enfin. C'est son père, le vieux roi, mort il y a deux mois à peine. Il n'est pas mort de la morsure d'un serpent, comme on l'a dit au royaume : son propre frère, Claudius, lui a versé du poison dans l'oreille pendant son sommeil, avant de saisir la couronne et d'épouser la reine Gertrude, la tombe encore fraîche. « Venge-moi », dit l'ombre — mais épargne ta mère, laisse-la au ciel et à ses remords. Et le voilà seul, ce fils, avec sur les épaules le poids d'un monde qui a « perdu ses gonds ».
Le prince, dès lors, joue un jeu double. Il se dit fou pour qu'on le croie inoffensif, et sa folie feinte déroute la cour : le roi s'inquiète, le vieux conseiller Polonius croit y lire un chagrin d'amour, et Gertrude ne sait plus lire son fils. Il repousse durement Ophélie, qu'il aime pourtant, la renvoie « au couvent » — car dans ce château où l'on l'espionne derrière chaque tenture, tout tendre aveu deviendrait une arme. Claudius, méfiant, fait venir deux anciens camarades d'étude, Rosencrantz et Guildenstern, pour percer le secret du prince ; Hamlet les perce à jour d'un regard.
Une troupe de comédiens arrive, et le hasard lui offre son épreuve. Il leur fait jouer devant le roi le meurtre d'un souverain empoisonné dans son jardin — la scène même que le spectre a décrite. Au moment fatal, Claudius se lève, blême, et fait interrompre le spectacle : la conscience du meurtrier vient de se trahir devant toute la cour. Hamlet tient sa preuve. Mais lorsqu'il surprend enfin le roi seul, agenouillé, en train de prier, il suspend son bras : tuer Claudius en pleine prière, ce serait l'envoyer au ciel — et il veut, lui, le damner. Il diffère encore.
Convoqué par sa mère, il l'accable de reproches jusqu'à lui faire horreur d'elle-même. Un mouvement derrière la tapisserie : croyant frapper le roi, il transperce Polonius, caché là pour écouter. Le sang, désormais, ne s'arrêtera plus. Claudius, sous couleur de le protéger, l'expédie en Angleterre avec ses deux faux amis et une lettre scellée qui ordonne, à l'arrivée, la mort du prince. Mais Hamlet évente le piège, réécrit la lettre, et fait tomber la sentence sur Rosencrantz et Guildenstern à sa place.
Pendant ce temps, Ophélie a sombré. Son père tué de la main de celui qu'elle aimait, elle perd la raison, chante des chansons brisées en distribuant des fleurs, et se noie dans la rivière, emportée par ses guirlandes. Revenu au royaume, Hamlet passe par un cimetière où deux fossoyeurs plaisantent en creusant : il prend dans ses mains le crâne de Yorick, le bouffon qui le portait enfant, et contemple à quoi se réduisent les rois et les baladins. Puis le cortège paraît — c'est l'enterrement d'Ophélie. Laërte, son frère, ivre de douleur, saute dans la fosse ; Hamlet s'y jette aussi, et les deux hommes s'affrontent sur le corps de la morte.
Claudius tient là son arme. Il arme la main de Laërte pour un duel « courtois » où le fleuret sera empoisonné, et prépare en outre une coupe empoisonnée si la lame venait à manquer. Le combat s'engage ; tout se retourne. Gertrude boit la coupe destinée à son fils et s'effondre. Les épées s'échangent dans la mêlée, et chacun est touché par la lame envenimée. Laërte, mourant, dénonce le roi ; Hamlet, d'un dernier élan, force enfin Claudius à boire son propre poison. Le prince tombe à son tour, et confie à son ami Horatio le soin de raconter aux vivants ce qui s'est joué là. « Le reste est silence. » Au loin sonnent les tambours de Fortinbras : le jeune prince de Norvège entre dans la salle jonchée de cadavres, et fait porter Hamlet comme un soldat, tandis que le canon salue un royaume qui change de mains.
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Une autre tragédie shakespearienne qui prolonge Hamlet par son interrogation vertigineuse sur l’ambition, le meurtre et la culpabilité, avec une même tension entre destin, pressentiments et dérèglement de l’esprit.
Par son exploration du pouvoir, de la folie, de la filiation et de l’illusion, cette tragédie offre un contrepoint à Hamlet où la décomposition d’un royaume reflète de manière encore plus âpre la décomposition intérieure des personnages.
Cette pièce fragmentaire et hautement poétique prolonge l’interrogation hamlétienne sur la place de l’individu face à la communauté, le pressentiment d’une destinée tragique et la tentation du retrait hors du monde.