Voltaire
1694–1778
François-Marie Arouet, que le monde connaît sous le nom de Voltaire, traverse le long dix-huitième siècle français avec une énergie qui ne faiblit jamais. Né à Paris en 1694, orphelin de mère dès ses sept ans, il meurt dans cette même ville en 1778, après avoir parcouru l'Europe et bouleversé son temps. Entre ces deux dates parisiennes, c'est toute une époque qui se dessine, celle des Lumières dont il devient la figure la plus incandescente, la plus combative aussi.
Sa jeunesse tumultueuse annonce déjà l'homme qu'il deviendra. Conduit deux fois à la Bastille, il comprend tôt le prix de la liberté et le danger des mots. Le séjour en Angleterre, de 1726 à 1728, transforme profondément sa vision du monde. De retour, ses Lettres philosophiques portent cette découverte d'une société différente, plus tolérante, et lui valent de nouveaux ennuis. Il faut fuir encore, d'abord à Cirey auprès d'Émilie du Châtelet où l'amour se mêle à l'étude, puis à la cour de Prusse où l'amitié avec Frédéric tourne à l'aigre. Même lorsqu'il obtient la charge d'historiographe du roi en 1746, reconnaissance officielle de son talent, il reste un homme en mouvement, inquiet, jamais vraiment installé dans les honneurs.
L'œuvre qu'il laisse embrasse tous les genres avec une aisance souveraine. Au théâtre, Œdipe et Zaïre reprennent la tradition classique tout en l'infléchissant. La poésie épique trouve en lui un continuateur avec La Henriade. Mais c'est dans le conte philosophique qu'il invente sa forme la plus personnelle : Candide ou l'Optimisme, Zadig, Micromégas, L'Ingénu, La Princesse de Babylone — autant de récits où l'ironie devient une arme de précision contre la sottise et le fanatisme. Historien rigoureux, il renouvelle le genre avec son Histoire de Charles XII, Le Siècle de Louis XIV, le Précis du siècle de Louis XV et surtout l'Essai sur les mœurs qui embrasse l'histoire universelle. Le Dictionnaire philosophique condense sa pensée en articles mordants qui démontent les préjugés un à un.
L'acquisition du domaine de Ferney en 1759 marque un tournant. De ce refuge près de la frontière suisse, le patriarche peut enfin mener ses combats sans craindre l'embastillement. C'est de là qu'il prend position dans les grandes affaires judiciaires qui secouent la France : l'affaire Calas, l'affaire Sirven, celle du chevalier de La Barre, celle du comte de Lally-Tollendal. Chaque fois, c'est l'intolérance religieuse qu'il dénonce, l'arbitraire de la justice qu'il combat. Sa plume devient alors plus qu'un instrument littéraire : elle se fait tribunal de la conscience publique.
Cette vie de combat trouve sa consécration posthume quand la Révolution le panthéonise en 1791. Mais au-delà de cette reconnaissance officielle, c'est sa manière même qui continue de nous parler : cette alliance unique de la grâce et de la colère, du rire et de l'indignation, cette façon de transformer chaque injustice en occasion de penser plus juste. Dans chaque conte, dans chaque pamphlet, dans chaque lettre, résonne encore cette voix qui refuse de se taire devant ce qui avilit l'homme. Il nous a appris que l'esprit n'est jamais plus nécessaire que lorsqu'il s'agit de combattre la bêtise, et que le rire peut être la forme la plus haute du courage.
Bibliographie
- CandideExploré
- Dictionnaire philosophique
- La Henriade
- Œdipe
- Zaïre
- Candide ou l'Optimisme
- Zadig
- Micromégas
- L'Ingénu
- La Princesse de Babylone
- Histoire de Charles XII
- Le Siècle de Louis XIV
- Précis du siècle de Louis XV
- Essai sur les mœurs
- Lettres philosophiques
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Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.