La Lettre LittéraireTrois matins par semaine
Auteur

Stendhal

1783–1842

SiècleXIXe siècle
Mouvementsréalisme

Marie-Henri Beyle naît à Grenoble en janvier 1783, dans cette ville de montagne où la Révolution va bientôt gronder. L'enfant qui deviendra Stendhal grandit orphelin de mère — elle meurt en couches quand il a sept ans — et porte déjà en lui cette sensibilité à vif qui marquera toute son œuvre. De cette enfance dauphinoise, il gardera une relation complexe avec sa province natale, entre attachement et désir d'échappée, qui le poussera très tôt vers d'autres horizons.

Le jeune Beyle entre à l'école centrale de Grenoble en novembre 1796, puis quitte sa ville natale en octobre 1799 avec l'ambition d'intégrer l'École polytechnique à Paris. Le destin en décide autrement : forcé d'entrer au ministère de la Guerre, il se retrouve envoyé à Milan en mai 1800. Cette découverte de l'Italie sera décisive — elle lui révèle un art de vivre, une intensité des passions qui deviendront le cœur battant de son œuvre. Avant de se tourner vers le roman en 1827, il explore d'autres formes : des vies de compositeurs avec sa Vie de Haydn, Mozart et Métastase, une Histoire de la peinture en Italie, des impressions de voyage dans Rome, Naples et Florence, et ce traité singulier qu'est De l'amour, publié en 1822, où il dissèque avec une précision de chimiste les mécanismes de la passion.

C'est avec Le Rouge et le Noir en 1830 que Stendhal impose sa voix romanesque — cette manière unique de saisir les mouvements du cœur dans leur vérité la plus nue, sans ornements ni complaisance. La Chartreuse de Parme, publiée en 1839, confirme son génie pour peindre les âmes prises dans les tourments de l'histoire et de l'amour. D'autres romans suivent ou restent inachevés : Armance, Lucien Leuwen, Lamiel. Chacun porte cette marque stendhalienne : une prose sèche et nerveuse qui va droit au fait, des personnages vibrants d'ambition et de désirs contrariés, une lucidité implacable sur les jeux du pouvoir et les illusions du cœur.

Sa vie d'écrivain se double d'une existence d'homme du monde et de diplomate — le gouvernement de Juillet le nomme consul à Civitavecchia, ce qui le ramène dans cette Italie tant aimée. Mais c'est aussi un homme qui se penche sur lui-même avec une sincérité troublante dans ses écrits autobiographiques : les Souvenirs d'égotisme et la Vie de Henry Brulard nous livrent un autoportrait sans fard, où l'analyse de soi devient une forme d'art à part entière.

Stendhal meurt à Paris en mars 1842, foudroyé par une crise d'apoplexie en pleine rue — une fin brutale pour celui qui avait fait de la chasse au bonheur son credo. Son œuvre, longtemps incomprise de ses contemporains, nous parle aujourd'hui avec une modernité intacte. Cette façon qu'il a de mettre à nu les ressorts secrets de l'âme, de montrer comment les grandes passions se heurtent aux petitesses du monde, fait de lui notre contemporain perpétuel. Chez Stendhal, l'amour et l'ambition ne sont jamais de simples sentiments : ce sont des forces qui révèlent ce que nous sommes vraiment, dans notre grandeur comme dans nos compromissions.

Repères

Bibliographie

  • Le Rouge et le NoirExploré1830
  • La Chartreuse de Parme1839
  • Lucien Leuwen
  • Vie de Haydn, Mozart et Métastase
  • Histoire de la peinture en Italie
  • Rome, Naples et Florence
  • De l'amour1822
  • Armance
  • Souvenirs d'égotisme
  • Vie de Henry Brulard
  • Lamiel
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Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.