Oscar Wilde
1854–1900
Il est né à Dublin un jour d'octobre 1854, sous un nom qui ressemble déjà à un poème : Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde. L'Irlande victorienne lui donne le jour, mais c'est l'Angleterre qui va le façonner, puis le broyer. Entre ces deux rives, et jusqu'à la France où il s'éteindra en 1900, se déploie une existence d'une intensité rare — une vie vécue comme une œuvre d'art, selon le credo même de l'esthétisme dont il sera la figure la plus éclatante.
Le jeune Wilde se révèle très tôt un esprit hors du commun. Son parcours scolaire, brillant, le mène du Trinity College de Dublin au Magdalen College d'Oxford, où il absorbe la culture classique et affine cette intelligence du beau qui deviendra sa signature. À l'issue de ses études, il s'installe à Londres et s'y impose rapidement, non seulement par ses écrits mais par sa présence même — sa conversation, son élégance, sa façon d'habiter un salon comme d'autres habitent une scène. Il traverse même l'Atlantique pour donner une série de conférences aux États-Unis et au Canada sur la Renaissance anglaise dans les arts, portant sa vision esthétique devant un public neuf, curieux de cette voix venue d'Europe.
Son œuvre, quand on la parcourt aujourd'hui, frappe par sa variété et son audace. Le Portrait de Dorian Gray, publié en 1890, reste l'un de ces romans qui ne cessent de troubler : un récit sur la beauté, la corruption et le prix que l'on paie pour vouloir arrêter le temps. L'année suivante, Salomé pousse l'audace plus loin encore — cette pièce, écrite en français, met en scène des personnages bibliques avec une sensualité si provocante qu'elle est interdite de représentation en Angleterre. Puis vient L'Importance d'être Constant en 1895, comédie d'une perfection presque insolente, où chaque réplique semble taillée dans le cristal, et où le rire dissimule une critique acérée des conventions sociales. On trouve aussi dans son œuvre le poème Requiescat, d'une tendresse dépouillée, qui montre un Wilde capable de la plus grande simplicité.
Mais la vie de Wilde bascule avec une brutalité que la postérité n'a pas oubliée. Sa décision de poursuivre en justice le père de son amant Alfred Douglas pour diffamation se retourne contre lui de la manière la plus cruelle : c'est Wilde lui-même qui se retrouve sur le banc des accusés, condamné à deux ans de travaux forcés pour grave immoralité. De cette épreuve naissent deux textes bouleversants : De Profundis, longue lettre écrite depuis la prison, confession et méditation où la douleur se transmue en pensée ; et La Ballade de la geôle de Reading, publiée en 1898, poème d'une puissance sombre où l'homme qui avait célébré la beauté regarde en face la souffrance et l'injustice.
Libéré en mai 1897, Wilde quitte définitivement la Grande-Bretagne pour la France. Il ne reviendra jamais. Les dernières années sont celles d'un exil sans gloire, loin des salons londoniens, loin de l'éclat d'autrefois. Il meurt dans le dénuement à Paris le 30 novembre 1900, à quarante-six ans. Mais ce qui frappe, quand on relit Wilde aujourd'hui, c'est à quel point sa voix reste vivante. Il y a chez lui une manière de dire la vérité en riant, de poser le masque pour mieux révéler ce qui se cache dessous, qui continue de nous atteindre. Son œuvre nous rappelle que la beauté n'est jamais innocente, que l'esprit est une forme de courage, et que certaines vies, même brisées, illuminent durablement ceux qui les regardent.
Bibliographie
- Le Portrait de Dorian GrayExploré1890
- Salomé1891
- L'Importance d'être Constant1895
- De Profundis
- La Ballade de la geôle de Reading1898
- Requiescat
Dans la bibliothèque
Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.