Madame de Sévigné
1626–1696
Marie de Rabutin-Chantal naît le 5 février 1626 à Paris, paroisse Saint-Paul, dans un monde qui ne lui fera guère de cadeaux. Dès l'année suivante, son père Celse-Bénigne de Rabutin est tué au siège de La Rochelle : elle n'a pas deux ans. Six années plus tard, en 1633, c'est sa mère, Marie de Coulanges, qui disparaît à son tour. Orpheline avant même d'avoir eu le temps de connaître vraiment ses parents, la petite Marie est recueillie par sa grand-mère paternelle, Jeanne Françoise Frémyot, qui veille sur elle de 1634 à 1636, avant que son oncle maternel Philippe II de Coulanges ne prenne le relais de cette éducation. Ces deuils précoces, cette enfance passée de main en main, dessinent déjà le portrait d'une femme pour qui les liens d'affection ne seront jamais un acquis tranquille, mais quelque chose qu'on tisse, qu'on entretient, qu'on nourrit — par la parole, et bientôt par la lettre.
En 1644, Marie épouse Henri de Sévigné. De cette union naissent deux enfants, Françoise et Charles. Mais le bonheur conjugal, s'il en fut, sera bref : le 5 février 1651, jour anniversaire de sa propre naissance, Henri de Sévigné est tué en duel. À vingt-cinq ans, la voilà veuve. Elle ne se remariera pas. Ce choix — ou cette fidélité à une certaine liberté — la place dans une position singulière pour son époque : femme seule, mère, maîtresse de ses affaires, libre de son temps et de sa plume. C'est dans cet espace-là, entre solitude et sociabilité, que va s'épanouir ce qui fera d'elle l'une des voix les plus vivantes de son siècle.
Car Madame de Sévigné écrit. Elle écrit beaucoup, et surtout elle écrit des lettres — une correspondance immense, principalement adressée à sa fille Françoise et à son cousin. Ce qui frappe d'emblée dans ces Lettres, c'est qu'elles ne furent pas conçues comme une œuvre littéraire. Elles n'obéissent à aucun programme, ne visent aucun public. Elles sont le geste le plus naturel du monde : une mère qui parle à sa fille absente, une femme d'esprit qui raconte à un proche ce qu'elle a vu, entendu, ressenti. Et pourtant, c'est précisément cette absence de calcul qui en fait la grandeur. La langue y est d'une vivacité extraordinaire, tour à tour drôle, tendre, inquiète, mordante. Chaque lettre est un petit théâtre où défilent les nouvelles du jour, les émotions intimes, les portraits croqués sur le vif, les élans d'un cœur qui ne sait pas se taire.
Ce qui rend cette correspondance si précieuse, c'est qu'elle nous donne accès à une voix — non pas à un style travaillé pour la postérité, mais à une présence. On entend Madame de Sévigné. On perçoit ses impatiences, ses joies, l'intensité presque dévorante de son amour maternel. Il y a dans ces pages une urgence de dire qui touche encore aujourd'hui, parce qu'elle ne triche pas. La lettre, chez elle, n'est pas un genre mineur : c'est le lieu où la vie se dit au plus près, dans sa fragilité même, dans son mouvement perpétuel. Chaque missive porte la marque d'un instant qui ne reviendra pas, et c'est cette conscience du temps qui passe — elle qui avait si tôt appris que tout peut vous être retiré — qui donne à son écriture sa vibration particulière.
Madame de Sévigné s'éteint le 17 avril 1696 au château de Grignan, chez cette fille qu'elle avait tant aimée, tant écrite. Elle laisse derrière elle non pas un roman, non pas un traité, mais quelque chose de plus rare peut-être : le témoignage d'une vie vécue dans l'attention aux autres et dans la grâce d'une langue qui semblait couler sans effort. Ses Lettres demeurent l'un de ces trésors de la littérature française qu'on ouvre toujours avec le sentiment d'entrer chez quelqu'un — quelqu'un d'intelligent, de chaleureux, de passionnément vivant. Trois siècles et demi plus tard, cette voix n'a rien perdu de sa fraîcheur.
Bibliographie
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Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.