La Lettre LittéraireTrois matins par semaine
Auteur

Jules Michelet

1798–1874

SiècleXIXe siècle
Mouvementsromantisme

Né à Paris le 21 août 1798, Jules Michelet vient au monde dans une France encore secouée par les répliques de la Révolution, à l'orée d'un siècle qui va faire de l'histoire une passion nationale. Son enfance parisienne, baignée dans les soubresauts d'un pays en perpétuelle métamorphose, semble avoir inscrit en lui très tôt cette conviction que le passé n'est pas une matière morte, mais un tissu vivant qu'il faut ranimer par la parole. Toute son existence, jusqu'à sa mort à Hyères le 9 février 1874, sera tendue vers cette ambition : redonner souffle et chair aux siècles révolus.

Le jeune Michelet se distingue vite par une intelligence ardente et méthodique. Il soutient son doctorat ès lettres dès le 27 août 1819, à peine âgé de vingt et un ans, puis se classe troisième à l'agrégation des lettres en septembre 1821. Dès novembre 1822, il enseigne l'histoire au collège Sainte-Barbe-Rollin à Paris, et quelques années plus tard, en février 1827, il est nommé maître de conférences de philosophie et d'histoire à l'École préparatoire. Sa réputation naissante lui vaut d'être choisi pour enseigner l'histoire à Louise d'Artois, signe que son talent pédagogique est reconnu jusque dans les cercles les plus élevés. De 1833 à 1835, il supplée Guizot à la Faculté des lettres de Paris, occupant ainsi une chaire qui le place au cœur de la vie intellectuelle française.

C'est dans ces années de formation et d'enseignement que Michelet commence à bâtir une œuvre considérable. Ses premiers ouvrages — le Tableau chronologique de l'histoire moderne en 1825, les Tableaux synchroniques en 1826, le Précis d'histoire moderne en 1827 — témoignent d'un esprit qui cherche d'abord à ordonner le temps, à en dresser la cartographie. Mais très vite, avec l'Introduction à l'histoire universelle en 1831, quelque chose bascule : l'historien ne se contente plus de classer, il veut comprendre le mouvement même de l'humanité, sa marche vers la liberté. La Révolution de Juillet, qui le propulse à la tête de la section historique des Archives nationales, lui ouvre un accès privilégié aux sources, aux documents originaux, à la matière brute du passé. C'est là, dans la poussière des archives, que Michelet forge sa méthode et sa voix.

Son œuvre maîtresse, l'Histoire de France, est une entreprise d'une ambition vertigineuse : embrasser la totalité d'un peuple, depuis ses origines les plus lointaines, et en restituer non seulement les événements mais l'âme. L'Histoire de la Révolution prolonge ce geste en plongeant dans l'épisode fondateur de la France moderne avec une ferveur qui tient autant de l'épopée que de l'analyse. Michelet ne se contente pas de raconter : il ressuscite. Sa prose, portée par un souffle romantique, transforme les faits en visions, les dates en drames, les foules anonymes en personnages. On sent chez lui un amour charnel pour le peuple, une empathie profonde pour les vaincus et les oubliés de l'histoire. Le Procès des Templiers, publié en 1841, les Origines du droit français en 1837, l'Histoire romaine en 1839 : chaque ouvrage explore une facette différente du passé, mais toujours avec cette même conviction que l'histoire est le récit que les vivants doivent aux morts.

Traducteur et passeur autant qu'historien, Michelet publie en 1835 ses Œuvres choisies de Vico et ses Mémoires de Luther écrits par lui-même, révélant un esprit curieux de toutes les traditions de pensée, soucieux de faire circuler les idées par-delà les frontières et les époques. Il y a chez lui quelque chose du prophète laïque, une manière de transformer l'érudition en feu, le savoir en engagement. Son autobiographie, Ma jeunesse, laisse entrevoir l'homme derrière l'œuvre, avec ses élans, ses blessures, sa foi inébranlable dans le progrès humain.

Ce qui continue de nous toucher chez Michelet, c'est cette façon unique de faire de l'histoire un art littéraire à part entière, sans jamais sacrifier la rigueur à la beauté ni la beauté à la rigueur. Il a inventé une manière d'écrire le passé qui est aussi une manière de l'habiter, de le rendre présent à nos sens et à notre conscience. Figure majeure du romantisme, il nous rappelle que l'histoire n'est jamais neutre, qu'elle est toujours écrite par quelqu'un, pour quelqu'un — et que cette subjectivité assumée, loin d'être une faiblesse, peut être la condition même d'une vérité plus profonde.

Repères

Bibliographie

  • La SorcièreExploré
  • Tableau chronologique de l'histoire moderne de 1453 à 17391825
  • Tableaux synchroniques de l'histoire moderne de 1453 à 16481826
  • Précis d'histoire moderne1827
  • Introduction à l'histoire universelle1831
  • Œuvres choisies de Vico1835
  • Mémoires de Luther écrits par lui-même1835
  • Origines du droit français1837
  • Histoire romaine : république1839
  • Le Procès des Templiers1841
  • Histoire de France
  • Histoire de la Révolution
  • Ma jeunesse
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Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.