Guillaume Apollinaire
1880–1918
Né à Rome le 26 août 1880 sous le nom fleuri et presque romanesque de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, celui que la littérature française connaît comme Guillaume Apollinaire porte en lui, dès l'origine, quelque chose d'un personnage de roman. Fils d'une Europe cosmopolite, il choisit la France comme terre d'élection, et la langue française comme patrie véritable — une patrie qu'il ne cessera de conquérir, jusqu'à obtenir sa naturalisation en 1916, au cœur de la guerre dans laquelle il s'est engagé. Que cette adoption soit aussi un acte d'amour, toute son œuvre le dit : il a aimé la langue française avec la ferveur particulière de ceux qui l'ont choisie.
Très tôt, Apollinaire se jette dans la vie littéraire avec une énergie qui ne le quittera plus. En novembre 1903, il lance le mensuel Le Festin d'Ésope, geste fondateur d'un homme qui ne se contente pas d'écrire : il veut rassembler, animer, faire circuler les idées. C'est un tempérament de carrefour, un être de rencontres. En 1907, il croise la route de Marie Laurencin, artiste peintre avec laquelle il vivra une relation chaotique durant sept ans — sept années de passion, de ruptures et de retrouvailles qui nourriront sa poésie d'une intensité sentimentale brûlante. On entend dans La Chanson du mal-aimé la voix d'un homme qui a connu l'amour comme une blessure ouverte, et qui a su en faire un chant.
Son œuvre poétique est de celles qui changent le paysage. Alcools rassemble des poèmes qui oscillent entre la mélancolie la plus pure et l'audace formelle la plus déconcertante. Zone ouvre le recueil comme un manifeste de la modernité, mêlant le quotidien urbain à l'élan lyrique, la tour Eiffel aux souvenirs d'enfance, le tramway au sacré. Le Pont Mirabeau, avec sa musique entêtante et son refrain qui revient comme l'eau sous l'arche, est devenu l'un de ces poèmes rares que l'on porte en soi sans même se souvenir de les avoir appris. Apollinaire y touche à quelque chose d'universel : le temps qui passe, l'amour qui s'en va, et nous qui restons sur la rive.
Mais Apollinaire n'est pas seulement un poète du sentiment : c'est un inventeur. Il invente le terme calligramme pour désigner ces poèmes écrits en forme de dessins, où le sens et la silhouette du texte se confondent — la pluie qui tombe en lignes obliques, la colombe qui prend la forme de ses propres mots. Il forge aussi, en 1917, le mot surréalisme, qu'il emploie pour qualifier son drame Les Mamelles de Tirésias, pièce joyeusement provocatrice et inclassable. Le mot lui survivra, bien sûr, et deviendra le nom d'un des mouvements les plus puissants du siècle. Apollinaire aura ainsi nommé ce qu'il pressentait sans pouvoir encore le voir pleinement advenir. Proche du cubisme et de l'orphisme, il se tient au point exact où la poésie et les arts plastiques se fécondent mutuellement, dans ce Paris du début du vingtième siècle où tout semble possible.
Il meurt à Paris le 9 novembre 1918, emporté par la grippe espagnole, deux jours avant l'Armistice. Il a trente-huit ans. En raison de son engagement durant la guerre, il est déclaré mort pour la France — reconnaissance ultime d'un pays qu'il avait adopté et qui, enfin, le reconnaissait pleinement comme sien. Il y a quelque chose de vertigineux dans cette disparition, à la lisière exacte entre la guerre et la paix, comme si Apollinaire appartenait tout entier à ce monde d'avant qui s'effondrait. Et pourtant, rien dans son œuvre ne sent la fin : tout y est élan, commencement, promesse. Il a ouvert des portes que d'autres ont franchies après lui, et ses poèmes continuent de résonner avec cette fraîcheur singulière des choses qui n'ont jamais vieilli.
Bibliographie
- Zone
- La Chanson du mal-aimé
- Le Pont Mirabeau
- Les Mamelles de Tirésias1917
- AlcoolsExploré
Dans la bibliothèque
Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.