Charles Baudelaire
1821–1867
Charles Pierre Baudelaire naît à Paris en 1821 et y meurt en 1867, traversant un siècle qui cherche sa voix entre les derniers feux du romantisme et les premières lueurs de la modernité. Cette vie parisienne, inscrite entre les barricades de la jeunesse romantique et les bouleversements haussmanniens, porte en elle toutes les contradictions d'une époque qui se transforme. Quarante-six années seulement, mais quelle densité dans cette existence qui aura vu se succéder monarchies, république et empire, et qui aura fait de la poésie le lieu même où se dit la beauté trouble du monde moderne.
L'enfance de Baudelaire se brise tôt : son père meurt en 1827, alors qu'il n'a que cinq ans. Sa mère se remarie un an plus tard avec Jacques Aupick, union contre laquelle l'adolescent se dresse avec violence. Cette blessure originelle, cette rupture dans l'ordre familial, marque profondément celui qui fera de la déchirure et du spleen les territoires de sa poésie. Renvoyé du lycée Louis-le-Grand en avril 1839, il obtient pourtant son baccalauréat in extremis au lycée Saint-Louis la même année — déjà cette tension entre la chute et le rachat qui traversera toute son œuvre.
En juin 1841, son beau-père l'embarque de force pour Calcutta, espérant sans doute que ce voyage forme le jeune homme rebelle. Mais Baudelaire interrompt la traversée, séjourne aux Mascareignes et rentre en métropole en 1842, rapportant de ce voyage avorté des images de paradis lointains qui nourriront sa poésie. Cette même année 1842, il rencontre Jeanne Duval, avec qui il vivra une liaison tumultueuse de près de vingt ans — la Vénus noire de ses poèmes, figure à la fois de la passion et de la damnation.
Les Fleurs du mal paraissent et font scandale : Baudelaire et son éditeur sont condamnés pour outrage à la morale publique. Cette condamnation, loin de briser le poète, consacre paradoxalement la puissance de son œuvre, qui ose dire la beauté du mal et extraire de la boue l'or de la poésie moderne. Le Spleen de Paris poursuit cette exploration, inventant le poème en prose pour saisir les éclats de la vie urbaine. Entre classicisme et romantisme, entre Parnasse et symbolisme, Baudelaire ne se laisse enfermer dans aucune école : il les traverse toutes pour créer une voix absolument singulière.
Ce qui nous touche encore chez Baudelaire, c'est cette capacité à transformer la souffrance en beauté sans jamais la nier, à faire de la modernité urbaine une matière poétique, à dire ensemble l'aspiration à l'idéal et l'enlisement dans le spleen. Il nous a appris que la poésie moderne devait regarder en face la laideur du monde pour en extraire une beauté nouvelle, terrible et vraie. Dans chaque vers des Fleurs du mal vibre cette tension entre l'élévation et la chute, entre la pureté formelle et la noirceur du propos, qui fait de lui non pas seulement un poète de son temps, mais le premier poète du nôtre.
Bibliographie
- Les Fleurs du malExploré
- Le Spleen de Paris
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Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.