Alfred de Musset
1810–1857
Né à Paris le 11 décembre 1810, Alfred de Musset appartient à cette génération qui grandit dans l'ombre de l'épopée napoléonienne et qui cherche, avec une fièvre parfois désespérée, à donner un sens à un monde dont les promesses se sont éteintes. C'est un enfant brillant, précoce même : en 1827, il décroche le deuxième prix de dissertation latine au Concours général, signe d'une intelligence vive et d'une formation classique solide. Mais le jeune homme n'est pas fait pour les carrières tracées d'avance. Il tâte de la médecine, du droit, de la peinture — et abandonne tout, comme si aucune de ces voies ne pouvait contenir l'énergie qui le traverse. Ce qu'il cherche, c'est autre chose, et il le trouvera dans l'écriture.
C'est au contact du Cénacle de Charles Nodier, ce foyer ardent du romantisme naissant, que Musset entre véritablement en littérature. Il n'a pas vingt ans lorsqu'il publie ses Contes d'Espagne et d'Italie, en 1829 : un recueil éclatant, insolent, qui mêle la couleur à l'ironie et révèle d'emblée un tempérament à part. Musset est romantique, certes, mais d'un romantisme qui se moque déjà de lui-même, qui ne peut s'empêcher de glisser un sourire dans le lyrisme. Puis vient l'épreuve du théâtre : La Nuit vénitienne, sa première pièce montée, est un échec cuisant en 1830. Cet échec aurait pu le décourager ; il le libère. Musset décide alors d'écrire du théâtre sans se soucier de la scène, pour le plaisir du texte et de l'imagination — un théâtre à lire, Un Spectacle dans un fauteuil, publié en 1832, en porte le titre programmatique.
La mort de son père, emporté par le choléra le 8 avril 1832, assombrit une jeunesse déjà marquée par l'inquiétude. Mais c'est dans les années qui suivent que Musset donne le meilleur de lui-même, comme si la douleur aiguisait son génie dramatique. En 1833 paraissent Les Caprices de Marianne, pièce d'une grâce cruelle où l'amour se joue entre deux figures complémentaires et irréconciliables. L'année 1834 est prodigieuse : Lorenzaccio, drame sombre et politique d'une ampleur shakespearienne ; Fantasio, comédie mélancolique d'une légèreté trompeuse ; On ne badine pas avec l'amour, dont le titre seul dit la leçon terrible — on ne joue pas avec les sentiments sans que quelqu'un en meure. Musset écrit le théâtre le plus vivant de son époque, et il l'écrit pour personne, ou plutôt pour un lecteur idéal, assis dans son fauteuil.
Sa liaison avec George Sand, commencée dans l'effervescence parisienne et prolongée lors d'un voyage à Venise en novembre 1833, est l'un des épisodes les plus célèbres de la vie sentimentale du siècle. Passion tumultueuse, ruptures, retrouvailles, souffrance — Musset en tirera La Confession d'un enfant du siècle, publiée en 1836, récit autobiographique à peine voilé où le mal du siècle prend la forme d'un déchirement amoureux. Ce livre est aussi un diagnostic : celui d'une génération venue trop tard, née entre les ruines d'un monde ancien et les promesses incertaines d'un monde nouveau. Musset y met à nu, avec une franchise parfois brutale, la difficulté d'aimer quand on ne croit plus à rien.
Dandy, débauché selon la légende qu'il a lui-même contribué à forger, Musset mène une existence qui oscille entre l'éclat mondain et la solitude. Les honneurs finissent pourtant par venir : la Légion d'honneur en 1845, l'élection à l'Académie française en 1852, au fauteuil 10. Il écrit même des pièces de commande pour Napoléon III, lui qui avait si bien incarné l'esprit de révolte et de liberté. Il meurt à Paris le 2 mai 1857, à quarante-six ans, et repose au cimetière du Père-Lachaise.
Ce qui continue de nous toucher chez Musset, c'est cette alliance rare de la grâce et de la blessure. Son théâtre ne vieillit pas parce qu'il parle de ce qui ne vieillit pas : le désir, le malentendu, l'impossibilité d'être sincère dans un monde de masques. Sa poésie et sa prose portent la marque d'un homme qui a su transformer sa fragilité en lucidité, et son ironie en tendresse. Il reste, parmi les romantiques, celui dont la voix semble la plus proche de nous — la plus intime, la plus désarmée, la plus vraie.
Bibliographie
- Les NuitsExploré
- Contes d'Espagne et d'Italie1829
- La Nuit vénitienne1830
- À quoi rêvent les jeunes filles1832
- Un Spectacle dans un fauteuil1832
- Les Caprices de Marianne1833
- Gamiani ou Deux nuits d'excès1833
- Lorenzaccio1834
- Fantasio1834
- On ne badine pas avec l'amour1834
- La Confession d'un enfant du siècle1836
Dans la bibliothèque
Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.