Marcel Proust
1871–1922
Marcel Proust naît à Paris en 1871 et y meurt en 1922, traversant la fin d'un siècle et le début d'un autre, témoin du basculement entre deux mondes. Cette vie parisienne, qu'il ne quittera guère sinon pour Venise et Padoue en 1900, se déroule dans une ville qui passe de l'éclairage au gaz à l'électricité, des fiacres aux automobiles, d'un temps où l'on avait le temps à celui où tout s'accélère. Baptisé à l'église Saint-Louis-d'Antin, élève du lycée Condorcet à partir de 1882, il appartient à cette bourgeoisie cultivée de la capitale qui voit s'effacer peu à peu l'ancien monde aristocratique dont il sera l'un des derniers chroniqueurs.
Très jeune, il fréquente les salons aristocratiques où se croisent artistes et écrivains, observant avec une acuité extraordinaire ce théâtre mondain qui nourrira son œuvre. Mais cette vie brillante se double d'une fragilité physique qui le marque dès l'enfance : l'asthme lui impose de graves difficultés respiratoires qui l'accompagneront toute sa vie, faisant de lui un être à la fois immergé dans le monde et contraint de s'en retirer régulièrement. Cette condition particulière, cette position d'observateur empêché, forge sans doute son regard si singulier sur les êtres et les choses.
Son entrée en littérature se fait par tâtonnements. En 1895, il entreprend un roman qui restera inachevé, des fragments qui ne seront publiés qu'en 1952 sous le titre Jean Santeuil. Il abandonne ce projet en 1900, voyage à Venise et Padoue, puis se tourne vers la traduction, donnant en français deux livres de John Ruskin : La Bible d'Amiens et Sésame et les Lys. Ces années de traduction ne sont pas perdues : elles affinent sa langue, sa compréhension de l'art et de la beauté, préparant en secret ce qui deviendra son grand œuvre.
C'est en 1907 qu'il commence l'écriture de À la recherche du temps perdu, cette cathédrale romanesque qui l'occupera jusqu'à sa mort. Du côté de chez Swann paraît en 1913, ouvrant ce vaste cycle qui se poursuivra avec À l'ombre des jeunes filles en fleurs en 1919, volume pour lequel il obtient le prix Goncourt. L'œuvre continuera de paraître jusqu'en 1927, cinq ans après sa mort. Cette Recherche transforme le roman moderne : le temps y devient matière sensible, la mémoire involontaire révèle les strates cachées de l'existence, une madeleine trempée dans du thé peut ressusciter tout un monde englouti.
Sa mort en novembre 1922, d'une bronchite mal soignée, l'empêche de voir l'achèvement de la publication de son œuvre. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, laissant derrière lui cette Recherche qui continue de fasciner par sa capacité à capturer l'essence même du temps qui passe et de ce qui, malgré tout, demeure. Dans les chambres capitonnées où il écrivait pour échapper aux crises d'asthme, il a composé l'une des plus vastes explorations de la conscience humaine, transformant sa réclusion en observatoire universel, sa maladie en instrument d'une sensibilité exacerbée qui fait de chaque sensation, de chaque souvenir, une porte ouverte sur l'infini.
Bibliographie
- À la recherche du temps perdu1913-1927
- Jean Santeuil1952
- La Bible d'Amiens
- Sésame et les Lys
- Du côté de chez Swann1913
- À l'ombre des jeunes filles en fleursExploré1919
Dans la bibliothèque
Notice originale — La Lettre Littéraire, d'après des sources publiques vérifiées.